Albi : Cantepau analyse des documents du contrat de ville de la rénovation ANRU

Albi : Cantepau analyse des documents du contrat de ville de la rénovation ANRU

La ville d’Albi a annoncé une étude de Maîtrise d’oeuvre pour le renouvellement urbain de Cantepau pour un budget de 800 000 € au deuxième trimestre 2019. C’est une très bonne chose et il n’y pas lieu de s’en plaindre. C’est cependant l’occasion de faire un bref portrait du quartier. Il s’appuie sur le contrat de ville 2015-2020, le dossier INSEE Occitanie N°7, les Fiches « diagnostic  » des QPV en Occitanie. Communauté d’Agglomérations CA de l’Albigeois (C2a), et les documents du Système d’information géographique qui regroupe l’ensemble des documents. On peut aussi consulter le protocole de préfiguration du renouvellement urbain qui est consultable ici ainsi que son avenant.

J’avais déjà fait un portrait de ce quartier mais plutôt sous l’angle de la délinquance. La mairie a annoncé de nouvelles caméras (pas uniquement dans ce quartier). J’ai retenu un montant de 650 000 € en investissement dont une partie financée par l’État (j’aimerai que l’information soit plus facilement accessible). La police pense avoir assez d’effectif et la municipale a été renforcée (+ 10 personnes si j’ai bien compris). Le commissaire dit vouloir intervenir et ne pas céder de terrain. C’est important. Je ne confonds pas l’investissement et le fonctionnement mais il me semble qu’il serait préférable d’accompagner beaucoup plus par de l’accompagnement socio-éducatif.  Par du lien en somme. C’est affiché dans les objectifs du Contrat de ville mais la réalité semble dire le contraire.

Bref portrait

Comme le quartier est un des plus pauvre de France, il y a un certain nombre de données. Voici quelques éléments. Les trois quartiers prioritaires (QP) de l’unité urbaine d’Albi, Cantepau, Veyrières Rayssac et Lapanouse regroupent 5 130 habitants, soit 7 % de la population de l’unité urbaine et 10 % de celle de la commune d’Albi qui les englobe entièrement.

Le quartier de Cantepau comporte 2100 habitants. Pour le quartier on peut retenir les points suivants :
– 25% des logements sociaux de la commune d’AIbi concentrés sur 12,7 ha surface assez faible. On concentre donc les problèmes potentiels.
– ¼ des ménages sont des foyers monoparentaux.
–  65 % des habitants sont en dessous du seuil de pauvreté et 83 % ont de bas revenus déclarés.
–  28 % de la population est de nationalité étrangère (on comprend la volonté des habitants d’avoir un dédoublement des classes notamment en CP)
– l’indice de jeunesse est 2 fois celui de la ville (1.7 contre 0.8) (Là aussi ça justifie une politique de l’école. La maison de quartier ferme 3 semaines en été. Il doit y avoir moyen assurant un roulement sur les différentes structures d’assurer des permanences)
– le taux de scolarisation des 16/24 ans est en dessous de 40 % quand il est à 70 % pour l’EPCI de l’Albigeois.
– le taux d’emploi de la population est à peine à la moitié de celui de l’albigeois. (30.6 % contre 59,7%)
– les emplois occupés sont souvent précaires (38.2 % contre 14.2 %)
– les demandeurs d’emplois sont manœuvres ou peu qualifiés
– 80 % de la population est sans qualification ou avec un niveau inférieur au bac
– il y a deux fois plus de personnes qui n’ont pas de revenu et qui ne perçoivent que des prestations (37 % contre moins de 18 %) et deux fois de personnes dont les revenus disponibles sont composés à plus de 50 % de prestations sociales.
– 53 % de la population est bénéficiaire de la CMU contre moins 10 % pour l’Albigeois.
– 50 % des allocataires CAF touchent le RSA.
– Les revenus du travail sont inférieurs aux revenus illégaux et et la médiane des revenus disponibles montre que les revenus sociaux sont plus importants que les revenus du travail (4600 pour le travail contre 6 200 pour les transferts sociaux). En extrapolant la médiane à la population on peut évaluer à 1 million les revenus du travail, à 1,2 millions les revenus de transfert et à 1,4 millions l’argent de la drogue. Pas la peine de me faire des remarques stats car on a une approximation correcte avec un intervalle de confiance de 95% et prenant +- 10 %. le rapport de l’écart interquartile permet de le vérifier.

– il n’y a (en 2016) que 29 établissements (lieu de travail) contre 5931 dans l’Albigeois. 80 % de ces établissements n’ont pas de salariés.

Le gouvernement Macron a supprimé les Zone Franche Urbaine et a limité le dispositif Zone Franche d’activité mais il existe des dispositifs d’allègement fiscal pour les quartiers prioritaires de ville. Voici un résumé des dispositifs. Il a aussi la possibilité de recourir à des Parcours Emplois Compétence.  Utile au vu des niveaux de qualification.

Le contrat de ville de l’Albigeois 2015-2020
Ce contrat est la déclinaison de la loi n°2014-173, de programmation pour la Ville et la cohésion urbaine promulguée le 21 février 2014. Il a pour objet la co-construction d’une stratégie d’intervention afin de revaloriser les zones urbaines en difficulté, de réduire les inégalités entre les territoires et de rétablir l’égalité républicaine. Le contrat fait le constat de repli communautaire et de crainte de radicalisation.
«  Aux indicateurs de précarité (ressources, taux de chômage, niveau de scolarité) s’ajoutent depuis quelques années des difficultés liées au repli communautaire (enfants entrant en maternelle qui ne parlent pas le français, affrontements physiques entre communautés au sein du quartier, initiatives entre personnes d’une même communauté) et des craintes de radicalisation. »
Il fixe un certain nombre de priorité pour le quartier. Le « vivre ensemble », la réussite éducative, le désenclavement et la revitalisation des commerces, l’emploi des jeunes, la tranquillité publique, l’égalité femmes- hommes. Il est en lien avec le Contrat de Plan État-Région signé en mars 2015 et le Pacte Territorial pour l’Insertion du département. Une des difficultés est qu’il semble que les différentes instances se renvoient parfois la balle sur les prérogatives respectives.  Le contrat affirme la volonté de renforcer la participation des habitants. C’est donc une réalité à rappeler en permanence aux élus.

Les points positifs du constat sont les suivants :
-Beaucoup d’habitants aiment et sont attachés à leur quartier et considèrent leur cadre de vie vert et plutôt agréable. Ils soulignent un partenariat associatif présent et actif et une grande diversité culturelle à l’échelle du « grand quartier ». Les acteurs ou les bénéficiaires ne sont pas forcément du quartier
-La diversité des services et des acteurs offrant une mise en relation, liens, et médiations entre toutes les parties prenantes
-Diversité et qualité des infrastructures et équipements (terrains de jeux, maison de quartier, Médiathèque, base de loisir…).
– La situation géographique (accès extérieurs, rocade, centre-ville…) et l’offre de transport

Les points prioritaires à améliorer sont les suivants :

-L’Emploi qui est une préoccupation centrale et l’image et la perception négative du quartier
-L’augmentation des difficultés sociales et économiques (baisse des revenus des familles, appauvrissement de la population…)
-Les discriminations nombreuses à l’égard du quartier (image négative)
-Difficultés pour les structures institutionnelles et associatives à se coordonner et à communiquer
-Peu de mixité sociale et culturelle dans les activités et l’habitat ; baisse importante des personnes parlant français à l’école ; des habitants attachés au quartier mais touchés par sa mauvaise image à l’extérieur et un sentiment d’insécurité pouvant impacter le peuplement. On observe un Cloisonnement géographique entre le pavillonnaire et le résidentiel collectif

Les pistes de mobilisation commune sont intéressantes  à analyser (surtout à la fin du contrat – mes commentaires entre parenthèses)
– Favoriser l’accès à l’emploi  (échec)
-Construire avec les parents, les acteurs et les personnes un projet vers l’enfance et la jeunesse des quartiers (les parents se plaignent des effectifs en classe et demandent un dédoublement notamment en CP)
-Travailler sur l’esprit d’entreprendre, mobiliser les acteurs de l’économie et les « porteurs d’idées » (je connais un projet qui galère pour émerger et qui n’est pas vraiment aidé. Je dirais plutôt échec compte-tenu du résultat)
-Aider et soutenir la création d’entreprises et redonner une attractivité commerciale (la revitalisation commerciale est plutôt un succès pour les commerces d’Augeurau, pour le centre commercial c’est plus discutable)
-Communiquer sur des modèles de réussite et mettre en avant les potentiels existants (il y a quelques éléments avec le soutien aux jeunes talents musicaux, pour le reste je n’ai pas d’indicateur de pilotage à disposition. Plutôt un ressenti mitigé)
-Créer et développer des temps et espaces collectifs comme un café associatif…  ( Il y a bien la radio mais pour le reste je suis dubitatif et comme il est difficile d’avoir de l’info sur le site comme simple citoyen je ne peux pas en dire plus)
-Renforcer le lien et les partenariats avec l’Ecole (étant donné le taux de scolarisation et le niveau d’étude on peut parler d’échec ). Par ailleurs, le projet de loi Blanquer sur la suppression du directeur d’école primaire me semble être une mauvaise idée car c’est un acteur clef du lien avec de nombreux partenaires et notamment les municipalités. Mais ça, ils n’y peuvent rien.
-Travailler l’image du quartier et son embellissement, ainsi que la discrimination liée à cette image (l’embellissement est effectif. le financement ANRU permettra de continuer cette dynamique ; pour la discrimination c’est bien plus compliqué et si des critiques peuvent être émises, il faut rester modeste. L’action est difficile. Et promettre la lune serait déceptif)
-Favoriser l’accès au patrimoine commun et équipements publics du bassin de vie (globalement cet effort est fait mais là aussi pas d’indicateur à disposition)
-Favoriser le travail en commun des associations au bénéfice des habitants du quartier (il y a une dynamique mais elle me semble plutôt émaner des citoyens eux-même)
-Améliorer la qualité du logement (isolation, entretien…) (C’est plutôt du domaine du département)
-Améliorer la desserte des transports en commun notamment la liaison le midi avec le collège Jean Jaurès. (les évolutions des horaires de bus tendent à montrer cette dynamique)
-Améliorer la sécurité et la tranquillité publique (la dernière réunion publique sur la sécurité faite à Mazicou le 11 mars et la visibilité du trafic de drogue qui représente de 3 500 à 4000 € par jour, soit près de 1,4 millions par an ne me convainc pas. Les activités illégales rapportent plus d’argent au quartier que le travail)

Le contrat ville fixe plusieurs enjeux

La rénovation dans le cadre de l’ANRU.

Le quartier entre dans une phase de rénovation. 800 000 € ont été mobilisés pour la prestation intellectuelle de renouvellement urbain.

Une première partie a été faite sur le commerce. Une étude de revitalisation commerciale et économique cofinancée par la Caisse des Dépôts et Consignations, la communauté d’agglomération de l’Albigeois, la Ville d’Albi, la chambre de commerce et d’industrie du Tarn et le conseil départemental du Tarn avait abouti à la réalisation actuelle.

Le parc de logement a été diagnostiqué en partenariat avec Tarn Habitat. L’étude annoncée par la mairie est une étude cofinancée par l’ANRU, la Caisse des Dépôts et Consignations, la communauté d’agglomération de l’Albigeois, la Ville d’Albi, et le conseil départemental du Tarn. Je suis toujours gêné quand on annonce un travail de maîtrise d’ouvrage en oubliant systématiquement les partenaires sans lesquels le projet n’existerait pas.

Le Conseil de quartier de Cantepau est effectif. On peut s’interroger sur son fonctionnement (espace de dialogue ou d’enregistrement des décisions déjà prises ?) mais il existe. Idem pour le Conseil citoyen de Cantepau. En outre il existe un Comité des gestionnaires des équipements et services publics de la dalle du square Bonaparte a été spécifiquement institué en décembre 2015 qui regroupe Tarn Habitat ; la Ville d’Albi (Maison des services publics, maison de quartier, équipements petite enfance, scolaires et péri-scolaires) ; la Communauté d’agglomération de l’Albigeois (médiathèque Albi-Cantepau) ; la CAF (centre social, halte garderie) ; le Conseil départemental (Maison du département) ; le CMP de la fondation du Bon Sauveur ; la CPAM ; la Poste ;  L’association d’insertion REGAIN.

Le quartier est qualifié de quartier d’intervention
« Le quartier de Cantepau tient une place majeure au sein de la rive droite du Tarn du fait de son positionnement au carrefour d’axes structurants de desserte de l’agglomération, de l’importance de son habitat résidentiel et social et de son pôle conséquent d’équipements et de services publics rayonnant largement au-delà du quartier. Du fait de disponibilités foncières et de la reconversion future du site d’une ancienne centrale thermique, le Nord de la commune d’AIbi est appelé à se développer en connexion avec les communes voisines de l’agglomération, Lescure d’Albigeois et Castelnau-de-Lévis. C’est un des enjeux d’aménagement du PLUi dont les études sont lancées. Ce développement doit pouvoir se connecter et s’appuyer sur les fonctionnalités du quartier de Cantepau d’où les enjeux essentiels de renouvellement urbain du quartier prioritaire. »

Le protocole de préfiguration du projet de renouvellement urbain dans le cadre ANRU fixe 3 axes :
Axe 1 : Emploi et développement économique
Axe 2 : Cohésion sociale
Axe 3 : Cadre de vie et renouvellement urbain

L’ordre me semble plus cohérent mais on a commencé par le plus facile donc le troisième axe.

Le programme d’études souhaite de fixer un cap commun pour les actions à réaliser à l’échelle de 10 à 15 ans dans l’objectif d’une transformation en profondeur du quartier permettant de l’intégrer au développement de la ville et de l’agglomération. Le calendrier est assez frustrant avant l’échéance électorale de l’an prochain. Souhaitons que les candidats à la gouvernance les 6 prochaines années auront leur mot à dire. Le document insiste sur le changement d’image du quartier. Le délégué territorial de l’ANRU, représenté par la DDT, est chargé d’assurer la mise en œuvre, la coordination et le suivi des actions menées. On ne peut que souhaiter que cette réflexion sera accompagnée par une prise en compte des facteurs humains pour corriger ce qui peut l’être.